Visuel éditorial photoréaliste sur Pourquoi tant de salariés n'ont toujours pas de testament, rubrique Business pour Managerhumain Business

5 juin 2026 Redaction

Pourquoi tant de salariés n'ont toujours pas de testament

Pourquoi tant de salariés n'ont pas de testament, et comment les RH peuvent aborder le sujet sans intrusion ni promesse juridique.

Le testament reste une démarche que beaucoup jugent utile, sans forcément la réaliser. Des données américaines récentes indiquent que 32 % des adultes ont un testament, alors que 64 % considèrent cette démarche importante.

Ce décalage intéresse les RH parce qu'il ne relève pas seulement d'un choix privé: l'absence de préparation peut aussi peser sur le travail à travers le stress financier, les contraintes d'aidance et les absences imprévues. Les outils numériques peuvent réduire une partie de la friction, mais ils ne transforment pas ce sujet personnel en simple avantage salarié.

Sur le même thème, la rubrique Business rassemble d'autres repères, notamment autour de le vrai problème au travail n'est pas toujours la technologie.

Si tant de salariés n'ont pas de testament, ce n'est donc pas seulement par manque d'information. La démarche oblige à penser à la mort, à la famille, au patrimoine, aux conflits possibles et aux règles juridiques. Elle semble importante, mais rarement urgente. Pour un employeur, l'enjeu n'est pas de pousser les collaborateurs à organiser leur succession. Il est plutôt de comprendre pourquoi la planification successorale peut devenir un sujet de qualité de vie, de prévention et de soutien, à condition de rester volontaire, confidentiel et très clairement cadré.

Le vrai blocage se situe entre l'intention et l'action

Le chiffre le plus utile n'est pas seulement le taux de personnes qui disposent d'un testament. C'est l'écart entre celles qui reconnaissent son importance et celles qui passent effectivement à l'acte.

Cet écart est compréhensible. Rédiger un testament demande de prendre des décisions que beaucoup préfèrent repousser: qui reçoit quoi, qui protège les enfants, qui exécute les volontés, comment éviter les malentendus familiaux. Même lorsque le patrimoine est modeste, le sujet peut paraître lourd.

Il existe aussi des freins pratiques. Certaines personnes pensent que la démarche coûte cher, qu'elle exige un long rendez-vous juridique ou qu'elle ne les concerne pas parce qu'elles sont jeunes, locataires, célibataires ou sans enfant. D'autres savent qu'elles devraient s'en occuper, mais ne savent pas par où commencer.

La donnée américaine doit être lue avec prudence: elle ne se transpose pas mécaniquement à d'autres pays ni à d'autres systèmes juridiques. Elle éclaire toutefois un mécanisme très humain: connaître l'utilité d'une démarche ne suffit pas quand cette démarche est émotionnellement inconfortable et administrativement floue.

Pourquoi les managers et les RH peuvent être concernés

Le testament reste une affaire personnelle. Un manager n'a pas à connaître les choix patrimoniaux d'un salarié, ni à l'interroger sur sa situation familiale. Mais les conséquences d'une absence de préparation peuvent se manifester dans l'organisation.

Un salarié confronté à un décès familial peut devoir gérer en urgence des démarches complexes, des tensions entre proches, des questions financières ou des responsabilités d'aidant. Cette charge peut provoquer des absences imprévues, une baisse temporaire de disponibilité, de la fatigue mentale ou une difficulté à se concentrer.

Le sujet rejoint donc indirectement plusieurs préoccupations RH déjà connues: le stress financier, la charge des aidants, la continuité du travail et la manière dont l'entreprise accompagne les moments de vie difficiles.

Un exemple simple permet de situer l'enjeu. Un collaborateur doit s'absenter plusieurs jours après le décès d'un parent. Si rien n'a été préparé, il peut se retrouver à chercher des documents, arbitrer avec sa famille, comprendre des procédures et gérer des dépenses imprévues. L'entreprise ne peut pas régler cette situation à sa place. Elle peut en revanche avoir prévu des règles d'absence claires, des ressources d'information et un management capable d'accueillir la réalité de la charge.

Ce que les outils numériques peuvent vraiment simplifier

La promesse des outils numériques est de réduire les obstacles qui empêchent de commencer. Ils peuvent rendre le sujet moins intimidant en proposant un parcours guidé, des explications simples, des rappels ou une mise en relation avec des professionnels qualifiés.

Leur intérêt principal n'est pas de rendre la succession "facile". C'est plutôt d'abaisser le coût d'entrée: comprendre les étapes, réunir les informations utiles, identifier les questions à poser, distinguer ce qui peut être préparé seul et ce qui demande un conseil juridique.

Pour les RH, cette nuance compte. Un outil numérique peut être pertinent comme ressource volontaire dans un ensemble d'avantages salariés, mais il ne doit pas être présenté comme une garantie de conformité ni comme un remplacement automatique d'un professionnel du droit. Les règles de validité d'un testament, les droits des héritiers et les effets fiscaux dépendent des pays, des situations familiales et du patrimoine.

Le bon usage consiste donc à faciliter l'accès à l'information et à l'accompagnement, sans donner l'impression que l'entreprise conseille les salariés sur leurs décisions personnelles.

La limite à ne pas franchir côté employeur

Un dispositif autour du testament peut vite devenir maladroit s'il est mal présenté. Le risque principal est l'intrusion. Les salariés ne doivent jamais avoir le sentiment que l'entreprise veut connaître leur patrimoine, leur situation familiale ou leurs volontés.

La deuxième limite est juridique. Même avec une intention de soutien, une équipe RH ne devrait pas donner de conseil individualisé sur la rédaction d'un testament. Elle peut orienter vers une ressource, expliquer qu'un service existe, rappeler que la participation est facultative et recommander de vérifier les règles applicables avec un interlocuteur compétent.

La troisième limite est managériale. Le sujet ne doit pas devenir un indicateur de "bonne préparation" des salariés. Une personne peut avoir d'excellentes raisons de ne pas faire cette démarche maintenant. Une autre peut avoir déjà organisé ses affaires par un canal privé. L'employeur n'a pas à le savoir.

La règle simple est la suivante: plus le sujet touche à la vie privée, plus le dispositif doit être optionnel, discret et séparé de toute évaluation professionnelle.

Une méthode prudente pour en parler aux salariés

Les RH peuvent aborder le sujet comme une ressource de prévention, à condition d'utiliser un langage sobre. L'objectif n'est pas de dramatiser, ni de vendre une tranquillité parfaite. Il est d'aider ceux qui veulent avancer à trouver un point d'entrée fiable.

Une approche utile tient en quatre principes.

  • Présenter le service comme facultatif, sans relance personnalisée ni pression.
  • Parler de préparation administrative et familiale, pas de performance individuelle.
  • Garantir que l'entreprise ne reçoit pas le contenu des démarches ni les décisions prises.
  • Orienter vers des professionnels ou des ressources qualifiées dès que la situation devient spécifique.

Le vocabulaire compte. Dire "vous pouvez accéder à une ressource pour mieux comprendre les démarches de planification successorale" est plus prudent que "préparez votre succession pour protéger vos proches". La première formulation ouvre une porte. La seconde peut sonner comme une pression émotionnelle.

Avant de proposer un outil, vérifier les points sensibles

Un outil numérique peut être utile, mais seulement si son cadre est clair. Avant de l'intégrer à une offre RH, quelques questions évitent les erreurs les plus fréquentes.

Question à vérifierPoint de vigilance RH
Le service est-il vraiment volontaire ?Aucune inscription automatique ne doit donner l'impression d'une obligation.
Les données restent-elles confidentielles ?L'employeur ne doit pas accéder aux choix personnels ni aux documents.
Le périmètre juridique est-il clair ?L'outil doit indiquer ses limites et orienter vers un conseil qualifié si nécessaire.
Le message interne est-il sobre ?Éviter les formulations anxiogènes ou les promesses de sérénité garantie.
Les managers savent-ils quoi répondre ?Ils doivent pouvoir orienter sans questionner la vie privée du salarié.

Cette grille ne règle pas toutes les questions. Elle permet surtout de traiter le sujet comme un service sensible, pas comme un avantage standard.

L'erreur fréquente: promettre trop de tranquillité

La planification successorale est souvent présentée comme une manière de protéger ses proches. C'est vrai dans de nombreux cas, mais une communication RH doit rester mesurée. Un testament ne supprime pas tous les conflits, ne règle pas toutes les situations familiales et ne garantit pas que les proches traverseront un événement difficile sans charge.

La promesse la plus crédible est plus modeste: aider les salariés qui le souhaitent à réduire une partie de l'incertitude et à mieux comprendre leurs options.

Cette prudence protège aussi l'entreprise. Dès qu'un employeur utilise un ton trop affirmatif sur un sujet juridique et intime, il prend le risque d'être perçu comme donneur de leçons, intrusif ou imprudent.

Un sujet personnel qui demande un cadre humain

Le testament des salariés n'a pas vocation à devenir un nouveau thème de management quotidien. Il reste d'abord une décision privée. Mais l'écart entre l'importance reconnue de la démarche et son faible niveau d'exécution montre qu'un soutien neutre peut avoir du sens.

La technologie peut aider lorsqu'elle rend les premières étapes plus lisibles et plus accessibles. Elle devient problématique si elle banalise un sujet qui exige du discernement, de la confidentialité et parfois un conseil spécialisé.

Pour les RH, le bon équilibre consiste à proposer sans prescrire, informer sans surveiller, faciliter sans promettre. C'est dans cette limite que la planification successorale peut trouver une place crédible parmi les ressources d'accompagnement des salariés.